fbpx

Ne jamais jeter le bébé avec l’eau du bain 

par Nathalie Richard, co-fondatrice Club Culotté

Je ne crois pas aux programmes de RSE (Responsabilité Sociale et Environnementale), de développement durable ou encore à l’innovation responsable. Je crois aux innovateurs responsables. 

Sentant le vent tourner depuis quelques années bon nombre d’organisations s’emparent du sujet de la responsabilité sociale et environnementale de l’entreprise, rien de mal à cela bien au contraire. En revanche, ces sujets sont trop souvent adressés par la voie facile. La voie facile c’est d’injecter dans les processus de l’entreprise une dose (plus ou moins réelle) de responsabilité, un label ‘green’ ou durable à moindre effort. 

De la même manière, on parle aujourd’hui d’innovation responsable mais là encore, force est de constater, que peu de choses changent en terme de réel impact écologique et social au delà du changement de vocable et de la préservation de l’image de marque. Les choses sont même assez pernicieuses puisque cette voie facile a l’avantage d’atteindre son objectif, à savoir la génération de profit, et donc se perpétue. Et oui les produits labellisés durables sont plus rentables. Simple et efficace, repartons tête baissée dans cette course à l’innovation sinon c’est l’éjection assurée. Là non plus, rien de mal avec le profit puisqu’il contribue à avoir de l’impact mais s’il reste la seule et unique finalité, dans le contexte qui est le nôtre, on est en droit de s’interroger.

N’y a t-il pas quelque chose qui cloche ici ? Ne serait ce pas pousser le cynisme à son paroxysme que de coller une étiquette durable ou responsable sur les mêmes activités ou les mêmes à la marge ? 

Pas d’inquiétude, je ne compte pas verser dans le cynisme moi même car en effet il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Je crois que l’innovation responsable est bien la direction à suivre, c’est d’elle dont nous avons besoin pour adresser les extra ordinaires challenges d’aujourd’hui, encore faut-il lui permettre de véritablement et authentiquement exister. La question est alors comment, par quelle voie et dans quelle intention ?

J’ai appris ce midi que les Pythagoriciens accueillaient les nouveaux arrivants à l’école du bien nommé par un Y. Le Y symbolisant le choix entre deux chemins, deux voies possibles. D’une part la voie la plus courte, la plus aisée, la plus confortable, celle qui consiste à reproduire des schémas existants, des schémas qui ont fait leurs preuves. D’autre part une voie plus longue, plus sinueuse, une voie dont on ne connaît ni la longueur ni la destination exacte. C’est le chemin de la créativité, du doute, des tests, des erreurs, des errances, de l’imagination. Un chemin d’incertitude, plus compliqué, qui demande plus d’efforts mais qui est aussi plus prometteur, un chemin autrement appelé celui de la sagesse. 

Je crois que l’innovation responsable n’arrive pas parce qu’on la décrète, l’innovation responsable émerge d’innovateurs responsables. 

Je vous invite à vous poser 2 secondes sur la signification du mot responsable…Etre responsable, c’est être capable de réponse et j’y ajoute, une réponse originale – dans le sens issue de notre singularité – et respectueuse de son écosystème. Devenir responsable, c’est loin d’être inné, cela s’apprend. Encore faut-il se mettre à penser et pour penser il faut savoir s’arrêter.

Pourquoi faisons nous ce que nous faisons ? Cette capacité à questionner ce qui semble établi, à interroger nos actions, nos décisions, à les placer dans un tout qui a du sens pour nous comme pour le système qui nous entoure cela s’apprend. La capacité à prendre du recul, à prendre conscience de l’impact de nos actions et de l’interdépendance de toutes choses, cela aussi s’apprend. La capacité à interroger les paradigmes qui façonnent notre culture actuelle, comme celui de la croissance qui n’est pas forcément que pécuniaire mais qui pourrait aussi être qualitative, est essentielle. 

Malheureusement moi ce n’est pas ce que l’on m’a appris. On m’a appris à reproduire des schémas malheureusement ce n’est pas ce qui rend heureux, créatif ou innovant et c’est encore moins ce qui nous nous rend responsable. Je crois que je ne suis pas la seule et je crois que pour beaucoup nous avons grandement perdu cette capacité à interroger, cette sagesse. C’est pourtant ça être philosophe et je crois que c’est ce qui peut nous sauver. 

Pour devenir responsables, les innovateurs doivent être capables de réflexion, au sens premier du terme, car c’est eux qui créent notre monde. La réponse est donc dans l’éducation. Une éducation dès le plus jeune âge mais aussi tout au long de notre vie – l’école c’est pas que pour les petits – en continu, par un apprentissage de soi mais aussi d’un état d’esprit qui nous permet de sans cesse interroger, faire des liens, refuser le ronron tranquille des certitudes et des schémas établis, se re approprier notre libre arbitre mais aussi et surtout de créer le monde auquel nous aspirons.

Innovateurs de ce monde, devenez philosophes ! Croyez en l’empereur Marc Aurèle, sagesse, puissance et créativité ne sont pas à opposer.